Lucien COUTAUD |
(1904-1977) | œuvres / infos |
Né le 13 décembre 1904, décédé le 21 juin 1977,
Lucien Coutaud, très lié au monde du théâtre et à celui des arts décoratifs
dans les années 30, quoiqu'il tenait à être considéré avant tout comme
peintre, sa vraie vocation, verra son nom véritablement reconnu au décours
des années sombres, des années d'Occupation, devenant une des figures majeures
de l'art de l'immédiat après-guerre, de la Jeune Peinture Française.
Introduit dans le monde des lettres, il fréquente au début des années 40
Georges Hugnet, Paul Eluard, Robert Desnos, Jean Paulhan, Jean Blanzat
avec qui il s'était lié d'amitié dès 1929. Il entretient des liens amicaux
avec des peintres comme Jean Bazaine, Jacques Despierre, Alfred Courmes,
Félix Labisse et noue quelques relations avec Picasso. En 1942, il est
l'un des "Vingt jeunes peintres de tradition française" qui exposent
à la Galerie Braun, première manifestation d'Art d'avant-garde sous l'Occupation.
En 1944, il est autour de Gaston Diehl l'un des membres fondateurs du Salon
de Mai. Après la guerre, on le verra se lier d'amitié avec Lise Deharme,
Oscar Dominguez, Boris Vian, fréquenter l'univers de Saint-Germain des
Prés sous le signe du jazz et de l'existentialisme.
Dès 1940, l'on pouvait remarquer dans sa peinture les prémices d'un bouleversement
en profondeur de son art et sa manière de peindre qui ne tardera pas à
être on ne peut plus manifeste. Cette année là, on peut découvrir ses fruits
en ville, avec les premiers fruits tranchés et à leurs côtés un ou plusieurs
couteaux. Le peintre au nom tranchant joue indubitablement avec l'homophonie.
La présence de grenades parmi ces fruits n'est de plus pas non plus anodine.
Fin 1942, Coutaud compose ses premiers squelettes de fruits, ultime avatar
de la pomme de Cézanne. En 1943, il est le décorateur reconnu et admiré
du "Soulier de Satin" de Paul Claudel mis en scène par Jean-Louis
Barrault à la Comédie Française, une parenthèse dans sa création, reconnaissant
lui-même ce travail beaucoup trop éloigné de sa peinture. "Il vaut
mieux ne pas en parler". Un séjour aux Baux de Provence durant l'été
à l'invitation de Pierre Delbée, le marque profondément. En 1944, tout
se précipite. L'univers du peintre devient sombre, inquiétant, agressif,
marqué par l'influence de l'oeuvre de Franz Kafka et surtout (à partir
du mois de juillet de la même année) par l'influence de celle de Raymond
Roussel dont il transpose le procédé dans son propre champ pictural, devenant
le premier grand redécouvreur de Roussel.
L'association de ces deux noms, en deux notices juxtaposées, nous pourrions
la retrouver dans un article d'André Breton, "Têtes d'orage",
publié dans le numéro 10 de la revue Minotaure. Coutaud travaille tout
d'abord à une série de peintures sur le thème de la ville, des rues et
des places ("La rue étoilée", "La maison jaune", "La
maison rose", "La nuit rue des plantes", "Trois nuages
bleus sur la place verte", "Cité végétale"...).
Dans cet univers en apparence chiriquien reprenant les couleurs du maître
de la Métaphysique, détournement voulu du peintre, tout en gardant ses
distances, en conservant son originalité, viennent se dresser devant nous
des personnages tout aussi inquiétants, aux corps articulés, puis plus
tard scindés, morcelés, mannequins encore, ou robots déjà, on ne sait.
Les visages de Monégasques de la fin de 1944 et du début de 1945 sont des
visages d'existentialistes. Les personnages aux fers à repasser ("Les
sept fers" de 1944, "La demoiselle des fers" de 1945...),
ceux présentant un squelette de fruit, sont leurs semblables.
Ce sont également des personnages rousselliens. On reste dans l'absurdité
préméditée. Coutaud connaissait, à n'en pas douter, cette anecdote, d'authenticité
en fait discutable, qui voulait que Raymond Roussel ramena à un ami ou
plutôt à une amie, vraisemblablement Charlotte Dufrène, de l'un de ses
lointains voyages, un fer à repasser, le présentant comme l'objet le plus
extraordinaire qu'il ait jamais trouvé.
Pour "Le Poète", un ballet de Boris Kochno et Roland Petit sur
une musique de Benjamin Godard, représenté au Théâtre Sarah Bernhardt en
juin 1945, Coutaud conçoit un décor reprenant le thème des arbres aux yeux
peints ces derniers mois ("Arbres aux yeux doux" de décembre
1944, "Fragment du verger aux yeux" de mars 1945) et les danseurs
et danseuses du ballet sont affublés de masques comme les personnages de
ses peintures et coiffés de fers à repasser ou de squelettes de fruits.
La Porteuse de pain à l'origine de nombreuses peintures en 1945 - 1946
est un personnage emprunté à un roman feuilleton populaire, de la fin du
XIXème siècle, de Xavier de Montépin.
Coutaud nous la montrera à de nombreuses reprises, imaginant ses aventures,
nous fera connaître ses paysages familiers, son entourage. On verra même
la Porteuse de pain et son amie rencontrer un enfant au cerceau, Kafka
enfant, autre thème d'inspiration de l'artiste...
Un séjour sur la côte catalane, à l'invitation du peintre Willy Mucha,
l'été 1945, conduira des Catalanes, Dames de Collioure ou Dames de C.,
à Mademoiselle Phèdre de 1946, figure majeure, figure emblématique, dans
l'oeuvre de l'artiste, une oeuvre évoluant en permanence sous le signe
de la métamorphose.
En 1947, Coutaud nous fait assister à la fin tragique de la Porteuse de
pain croquée ou aspirée par un "dormeur", personnage récurrent
dans sa peinture, et ce sera alors l'entrée du Marquis de Sade et de son
château de Lacoste dans son univers à la suite d'un travail d'illustrations
pour un recueil poétique de Gilbert Lely, "Ma Civilisation",
édité par Aimé Maeght en janvier 1948. La découverte de Belle-Ile en Mer,
l'été 1948, celle d'une nouvelle lumière, marquera la fin de cette période
dite métaphysique.
En cette époque d'intense création artistique, Coutaud expose régulièrement
dans les principaux salons de peinture. Il présente notamment "La
nuit rue des Plantes" et "Trois nuages bleus sur la place verte" au
Salon des Tuileries de 1944, "Moulins à moudre le temps (dédiés à
Raymond Roussel)", évocation de "Locus Solus", au Salon
d'Automne de la même année, "Les sept fers" de 1944 au premier
Salon de Mai en 1945, "En rase campagne, jeune porteuse de pain métamorphosée
en chaise" au Salon d'Automne de 1945, "L'escalier de Mademoiselle
Phèdre" (toile appartenant à présent au Musée National d'Art Moderne)
au Salon d'Automne de 1946, "L'armoire-chair de la porteuse de pain" au
Salon de Mai de 1947, "Le château de X et les environs du verre de
lampe" au Salon d'Automne de la même année, "L'habitant du Château" au
Salon d'Automne de 1948.
Il participe également à un certain nombre d'expositions collectives. Il
présente en particulier à l'exposition "Le nu dans la peinture contemporaine",
organisée à la Galerie René Drouin en avril 1944, une toile titrée "Le
modèle" (connue également sous le titre "Vive la mariée nocturne")
et à l'exposition "l'oeuvre et sa palette", organisée à la Galerie
Breteau en mai 1944, "Les deux soeurs de la lune".
En mai - juin 1945, il participe à l'exposition consacrant la "Jeune
peinture française" organisée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Enfin trois expositions particulières marquent cette période. Du 7 au 25
mai 1946, la Galerie Roux-Hentschel présente un ensemble de ses oeuvres
des années 1944, 1945 et du début de 1946.
Du 17 janvier au 7 février 1947, la Galerie Bonaparte présente un ensemble
de ses dessins et aquarelles (ou plutôt essencerelles, technique où l'eau
est remplacée par l'essence) des mêmes années. Du 29 novembre au 13 décembre
1947, la Galerie Jérôme à Bruxelles lui consacre également une exposition
très remarquée d'oeuvres de cette époque. L'été 1948, Coutaud est invité
à la Biennale de Venise et du 9 au 30 novembre 1948 une exposition particulière
lui est consacrée par la Galerie Maeght à l'occasion de la présentation
de "Ma Civilisation" de Gilbert Lely.
Compagnon de route des peintres abstraits dans l'aventure de la Jeune Peinture
Française et celle du Salon de Mai, maître de la figuration onirique à
la grande époque de l'abstraction, considéré en 1946 par Bernard Dorival
comme l'un des liquidateurs du surréalisme, Lucien Coutaud conservera toute
sa vie une superbe indépendance et son oeuvre restera, quels que soient
les points de repères laissés ici ou là, aussi énigmatique que celle du
De Chirico de l'époque de la Metafisica, lui qui considérait De Chirico
et Paul Klee comme les seuls maîtres qui l'aient réellement influencé,
si l'on doit le croire.
| Exposition Lucien COUTAUD | Documentation | ||
![]() |
du 16 avril au 8 mai 2011 Dessins des années 30 Galerie Broomhead Junker 7 rue Hoche 14800 Deauville Exposition réalisée avec le concours de : l'Association Lucien Coutaud et les petits frères des Pauvres voir les oeuvres |
Dictionnaire
Bénézit Lucien COUTAUD entre au Musée de Honfleur 2004 centenaire de la naissance de l'Artiste Un peintre et son oeuvre Essai sur l'histoire des "dormeurs" L'entrée dans le champs des Arts décoratifs Les années métaphysiques Le peintre de l'Estuaire Biographie Bibliographie Album photos |
|